Objectif à miroir : gadget inutilisable ou bonne affaire ?

Si vous vous êtes déjà posé la question de l’achat d’un objectif à miroir, vous avez vraisemblablement parcouru le web à la recherche de tests et retours d’utilisateurs. Et là, c’est la déconvenue parce qu’on y trouve de tout, des tests catastrophiques et des retours d’utilisation enthousiastes. Et pour mettre fin tout de suite au dilemme, au risque de vous voir terminer la lecture de cet article dès ce premier paragraphe, je vous le dis : tout est dans cette dernière expression.

Effectivement, les tests techniques en terme de piqué, formule optique, vignettage, bokeh sont catastrophiques. Ces objectifs ne rivalisent évidemment pas, sur un plan technique, avec les objectifs de même focale de chez Canon, Nikon, etc.

En revanche, vous trouverez des retours d’utilisateurs ravis de ces mêmes objectifs catastrophiques.

Alors ? Mauvais au labo mais agréables sur le terrain ? Pourquoi ces objectifs sont-ils malgré tout une bonne affaire ? Pourquoi sont-ils à proscrire parfois ? Faisons le tour de quelques points.

Le prix

C’est une évidence ! Un Samyang à miroir 800mm f/8 coûte 230€, un Canon EF 800mm f/5.6L IS USM, c’est 14000€. Un Nikon AF-S Nikkor 800mm f/5.6, c’est 18690€ (prix Fnac/Amazon le 19/02/2017)

Bien sûr, on ne parle pas d’objectifs équivalents, juste de même focale. Les objectifs Canon et Nikon cités disposent de formules optiques qui n’ont rien à voir avec celle du Samyang, ils sont plus lumineux, disposent d’un autofocus, sont stabilisés, tropicalisés, etc.

Mais en terme de budget, seul un objectif à miroir conviendra au photographe amateur, mis à part si l’amateur est riche passionné ou collectionneur et désire se faire plaisir avec un bel objet. Personnellement, si j’avais un objectif à 14000€, j’hésiterais à sortir avec …

Les objectifs professionnels, dans ces focales, sont absolument hors de prix pour celui qui ne les amortit pas en vendant ses clichés.

Poids, encombrement et monture

Samyang 800mm f/8 : 950g, 115mm x 111mm, monture T2

Canon EF 800mm f/5.6L IS USM : 4500g, 163mm x 461mm, monture EF

Nikon AF-S Nikkor 800mm f/5.6 : 4590g, 160mm, 461mm, monture F

Bon, à priori, les poids et mesures sont assez clairs … pas besoin de commentaire.

La monture appelle une remarque en revanche ! Pour monter votre objectif à miroir sur votre boitier, il vous faudra une bague d’adaptation. Elle coûte environ 15€. Mais il y a un énorme avantage à cela ! Cette focale ne vous servira pas tous les jours et c’est donc une acquisition que l’on peut faire à plusieurs. Et il suffit d’utiliser une bague par type de boitier. On pourra donc utiliser le même objectif sur un Canon, un Nikon, un Pentax, un Lumix, etc … Pour un club photo de 20 personnes, acquérir un tel objectif utilisable par tout le monde représente donc un investissement d’environ 30€ par personne (et encore, si chacun achète sa propre bague).

Mise au point et trépied (ou pas)

Le Samyang 800mm propose un avantage indéniable, le réglage de l’ouverture est extrêmement simplifié : C’est f/8 et c’est tout ! 😉

Focus : C’est la partie infâme ! C’est du tout manuel et à moins de disposer d’un trépied en fonte, ça bouge ! On fait la mise au point en tournant l’intégralité du fût, ça bouge énormément dès qu’on y touche et il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour avoir une image nette dans le liveview en grossissement x10. Il semblerait que l’on puisse  trouver des bagues d’adaptation avec un collier de pied pour limiter le porte à faux une fois sur trépied.

A main levée… Il est tout à fait possible d’utiliser le Samyang 800mm à miroir à main levée, mais il faut utiliser des vitesses minimum de 1/1000s, même pour un sniper qui ne respirerait pas. Donc, soit il fait très beau, soit on monte en iso. Concernant le focus à main levée, le plus sûr est de faire grossièrement le point, de se mettre en mode rafale et de faire plusieurs photos en tournant doucement le fût. Avec un peu de bol, on en trouve une nette une fois à la maison en triant les 1500 photos de la journée.

Bref, c’est long, exigeant et ça peut être décevant. Notons toutefois que sur le Lumix GX80, on a le focus peaking qui aide ! Et sur Nikon, l’AF confirm est actif. Ce n’est malheureusement pas le cas sur Canon sauf infâme bricolage pour faire comprendre à cette satanée tête de mule que vous avez monté un objectif sur le boitier, mais la punition est la même avec un autre des mes Samyang adorés, le 14mm f/2,8 (on y reviendra éventuellement plus tard).

Finalement, vous l’aurez compris, réussir une photo à main levée avec cet objectif est extrêmement gratifiant !

Piqué et Bokeh

Acheter un objectif à miroir avec une focale géante, peu lumineux et à focus manuel, c’est se concentrer sur le style de la photo plus que sur son piqué. Les photos ne seront pas systématiquement horriblement floues, mais on ne pourra pas compter les poils sur les feuilles du géranium de la voisine d’en face non plus (quoique).

Ci-dessous utilisé sur un GX80 (avec capteur micro 4/3 donc, attention les yeux, focale équivalente à un 1600mm), le liveview est en x1, sans grossissement. Vous voyez la bouteille en plastique tout en haut de l’étagère dans le fond ? Et bien, sur la deuxième photo, c’est le rendu de son étiquette. C’est pas du Canon série L mais pour rappel, c’est 60 fois moins cher, 5 fois moins lourd et 5 fois moins encombrant.

Pour ce qui est du bokeh, on l’adore ou on le déteste, personnellement, je suis du clan qui adore. Il s’agit du bokeh annulaire spécifique aux objectifs à miroir. J’aime son côté « vintage » et son rendu spécifique. On ferait des photos floues pour le plaisir de l’admirer (non ?) :

Domaines d’utilisation

Et oui ! Au delà de toutes ces considérations chiffrées et théoriques, à quoi va-t-on l’utiliser cet objectif à miroir hors normes et exceptionnel ?

Clairement, du fait du focus manuel, on peut quasiment oublier l’aspect animalier ou sportif. La profondeur de champ est (très) courte, même à (très longue) distance. Pour s’en sortir dans ces conditions, il vous faut du sportif ou animalier statique, ce qui est rare ! Ou alors, préparer votre mise au point sur un endroit où vous savez que le sujet passera, et déclencher quand il y passe !

On trouve néanmoins de très jolies photos animalières ou sportives réalisées par des passionnés sur le web. On imagine juste la patience nécessaire à leur réalisation ! Mais … C’est possible !

Du coup … A quoi ça sert ?

Pour mon usage personnel, cela sert :

  • à la lune : on arrive à capturer de très jolies photos de la lune avec cet objectif, pour peu qu’on prenne quelques précautions (j’y reviens plus bas).
  • aux prises de vue à distance : son fort pouvoir grossissant permet des angles de vues originaux qu’il serait impossible de réaliser avec de plus petites focales. Par exemple, des vues de bateaux ou bâtiments dans l’eau ou sur une rive opposée impossibles à prendre depuis le bord. Avec un 70-200, il faudrait être dans l’eau pour obtenir la même photo.
  • à se prendre pour James Bond : on peut voir très loin, et grossir du très petit !

Certains tenteront de la proxi-photographie mais à mon sens, ce n’est clairement pas adapté. D’abord ça bouge beaucoup. En cas de vent, la mise au point est impossible (disons extrêmement difficile) et la distance mini de mise au point, bien que plus courte qu’avec les Canon et Nikon de même focale, reste tout de même rédhibitoire (3,5m). Enfin, si vous tentez l’expérience, au moins, vous effraierez moins votre sujet qu’en venant lui coller un 60mm macro à 2cm des antennes.

Ah, si j’avais eu un papillon, cette photo aurait été bien plus intéressante (Canon 6D + Samyang 800mm, 1/1000s, 6400iso, à main levée) …

Sur le terrain

De la lune

Ci-dessus quelques clichés lunaires. Les trois ont été réalisés avec un Samyang 800mm. Le premier est un assemblage de 12 prises de vues sur un Canon EOS 6D, croppé. L’assemblage permet de réduire le bruit dans les zones sombres. Les 2 suivants ont été réalisés sur un GX80. Le premier à taille réelle, le second croppé pour qu’un pixel du capteur corresponde à un pixel de l’image. Les isos auraient pu être plus faibles et la mise au point n’est pas optimale, mais il s’agit de se donner une idée du grossissement max, on est là sur de l’équivalent 1600mm !

Pour la lune, on peut travailler à main levée, mais il vaut évidemment mieux disposer d’un trépied et travailler en mode retardateur ou utiliser une télécommande matérielle ou l’appli de son smartphone pour déclencher sans induire de mouvements parasites.

Ci-dessous mon fils en soirée lune, réglage, contrôle, correction, déclenchement. Il utilisait le 800mm sur son Canon EOS 1300D, avec une focale équivalente à 1280mm donc !

On peut même jouer à faire des variations du générique de bonne nuit les petits une fois dans l’ambiance … pour le fun ! Ci-dessous avec le GX80 :

Du lointain

Oui, même si on n’a pas le grain de l’espace d’un 70-300 Tamron, c’est jouissif de faire un cadrage correct d’un phare ou d’un clocher à 2km inaccessible de l’autre côté du fleuve ou juste par flemme de se déplacer, de voir le détail du sommet d’un arbuste à 5m ou encore de chopper une voiture à la sortie du parc (en mode paparazzi, photo volée de loin, et floue bien sûr pour parution dans la presse people) !

Enfin, dernier bonus (au delà de l’espionnage de ce qui se passe dans la rue d’en face, une focale de 800mm vous permet de drastiquement rapprocher les plans (cf. la photo 16 ci-dessous, sur laquelle c’est flagrant).

Si on se laisse aller à rêver, on pourrait presque croire que l’on peut faire des photos de Fort Boyard depuis la Rochelle (16km à vol d’oiseau). Bon … Clairement, mieux vaut aller à Fouras pour ça !

L’avis de Pilgr.im

L’ami David Duret (aka. pilgr.im) utilise le Samyang 500mm f/6.3 depuis quelques temps, je lui laisse la place pour vous livrer sa galerie et son ressenti ci-dessous.

<David>

Tout d’abord, je tiens à remercier l’ami Xavier pour l’opportunité qu’il m’a donné de posséder ce curieux objectif monté chez moi sur un  Nikon D7100, plus habitué à son 18-140 mm ou son 50 mm 😉

On est tellement habitué aux automatismes en tout genre que le mode « manual-only » présent ici peut être déroutant au départ. On s’y fait cependant relativement vite et c’est même (très) formateur.

Si le manque de luminosité de l’objectif (f/6.3 fixe) peut se corriger en post-trainement, c’est bien sur la mise au point qu’il faut se concentrer.

En l’état, celle-ci n’est pas aisée, voire difficile : la grande focale de 500 mm, sans autofocus, sans stabilisation nous oblige à nous surpasser.

Je rejoins tout simplement Xavier sur ce qu’il dit plus haut :

  • L’utilisation d’un trépied s’avère quasi indispensable pour travailler sa mise au point tranquillement même si la lumière ambiante n’est pas top.
  • La mise au point est plus « facile » à faire à l’aide du Liveview et du zoom sur la zone de mise au point choisie

Pour ma part, je suis plus adepte de la photo à main levée quand je pars en balade sans but précis – pas envie de me trimballer un trépied – et de ce fait, il faut alors jouer sur la vitesse pour éviter le flou de bougé ; il ne faut pas compter descendre en dessous de 1/800 s, jouer sur les ISO et surtout bien retenir sa respiration !

On peut cependant profiter du « matériel » environnant comme un piquet de clôture pour se faire un pied improvisé 🙂

En ce qui concerne le piqué, on est trèèès loin de celui du 50 mm f/1.8 que j’aime beaucoup mais on s’en accommode du fait que l’utilisation n’est pas forcément la même.

Et l’image valant tous les mots, voici quelques photos, les 4 premières prises à main levée, les 2 dernières au trépied + télécommande :

Juste un petit mot pour revenir sur le fait que l’objectif manque de luminosité (normal !), il faut bien sûr traiter les images après coup pour un rendu plus sympathique, le traitement pouvant inclure un recadrage-redressement du fait qu’à main levée, on ne vise pas toujours exactement comme on le souhaiterait, voir l’exemple avant/après ci-dessous :

J’attends maintenant avec impatience les beaux jours bien lumineux pour tester cet objectif de manière plus approfondie !

</David>

Le mot de la fin

En conclusion, j’espère que ce retour d’expérience vous aura permis de vous faire une opinion (de plus) sur cette famille à part d’objectifs ! N’hésitez pas à commenter ou à me contacter. C’est toujours un plaisir d’échanger autour de la photo !

Et pour David, vous le retrouverez ici :

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3 Replies to “Objectif à miroir : gadget inutilisable ou bonne affaire ?”

  1. Salut, j’ai commencé la photo après avoir vu une démo du Nikon P900 et son zoom x90 sur la Lune et à travers la campagne. Incroyable. Je m’étais acheté le P610 (x60 moins cher et plus dispo), échangé contre le Panasonic FZ72 pour le raw.
    Mais après avoir fait la lune, les oiseaux autour de chez moi, et tenté en vain d’accrocher les avions, je me suis rendu compte que sans besoin réel (comme la photo d’animaux sauvage) un tel zoom était un gadget.
    Je suis passé à un bridge expert, le FZ1000, puis récement à un hybride m4/3 le GX80. Et aujourd’hui je découvre l’existence des objectifs à miroir, mais me rappelant mon expérience, je me dis que ce n’est pas la peine d’en acheter un.

  2. hello et merci pour les infos.
    Je viens de voir ce cailloux en promo dans un magasin pas loin de chez moi et j’hésite, j’hésite… mais j’ai bien envie…
    Merci d’avoir pris le temps de rédiger ce beau document, et peut être à bientôt, on est voisin (Rochefort).

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire !

      Concernant l’objectif lui même, il est capable de faire de très belles photos, même si effectivement, cela demande de la patience. Par temps ensoleillé, il est tout à fait possible de l’utiliser à main levée.

      Alors bien sûr, on ne l’emmènera pas pour un reportage dans un lieu inconnu, mais il permet d’aborder la photo vraiment autrement et retourner sur un lieu habituel avec lui, permet de voir autrement !

      Pour le prix, il n’est déjà pas très cher, alors en promo … Foncez !

      Et peut-être à bientôt oui ! On finira bien par se croiser.

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